Hommage aux disparus du carnet

Voilà c’est fait. Il est beau mon nouveau carnet d’adresses déjà destroy avec de la colle dessus et des timbres usagés et beaux.

Je me suis mise au soleil et j’ai pris les deux, le vieux violet brillant et le tout neuf petit noir genre services secrets. Pages après pages j’ai recopié ou pas sur le nouveau carnet, les noms et les adresses.

il y avait vraiment du très vieux totalement périmé :

Françoise, vague collègue il y a 15 ans. On se demande pourquoi on prend l’adresse des gens, parfois !

Une autre collègue, sympa, des courriers annuels agréables et sincères mais depuis quatre ans plus rien ni même l’envie. On se taillerait une belle bavette si on se croisait sur une croisette mais c’est tout : Allez, au feu !

D’autres noms dont je ne me me souviens déjà plus avaient disparu de ma réalité depuis longtemps. Oui ce carnet violet était périmé.

Aucune hésitation sur les anciens, les anciens des anciens, les presque frères presque soeurs entre 13 et 25 ans. Ceux dont on savait tout pendant longtemps après. Ceux sans lesquels la vie ne devait pas être la même, ne pourrait pas être la même,  après 30 ans, après 40 mais plus après 50. Déménagements, expatriations à l’étranger et en France, chemins qu’on s’efforce de maintenir proches puis dérapages incontrôlés. Puis sous contrôle d’un côté, puis de l’autre, puis Toto tombe à l’eau. Sylvie, Claire, Hélène, et tous leurs maris, leurs enfants, leurs belles maisons dont j’ai eu les clés. Tiens, Marie-Claude avait déjà été effacée, elle ne figurait pas sur le carnet violet. Finalement les rescapés de force n’étaient pas si nombreux, pas la peine de se mettre martel en tête, j’étais zinzin. « Tu te crois le centre du monde, tout ne tourne pas autour de toi » m’avait écrit l’un d’entre eux. Exact ? Laurence, Anne, Cathy, ces soeurs là avaient déjà quitté mon navire et mon carnet depuis plus de vingt ans ! Michèle y était un fantôme que je ne reverrai jamais, elle est partie au feu avec ma nostalgie. La nostalgie camarade c’est toi qui la forge pour créer l’ennui et ta folie.

J’ai attendu ce mois de mars 2015 pour ne plus souffrir de rien, pour ne plus être infantile. Je pense qu’ils seraient fiers de moi tous ceux là, je les entends penser, « Bon ben elle a enfin réalisé à quel point elle est loin, et combien on ne communique pas ! ». Ce n’est pas renier ce qui fut. C’est au contraire ne plus sentir le poids des amours périmés dans le manque d’aujourd’hui. C’est ne plus peser le manque. L’être humain a le don pour se créer des manques là où il n’y a rien. Voyons le vide, sentons le silence comme un accomplissement. Comme me l’avait dit un de ces « anciens » alors que je regrettais le  silence qui suivait mes demande de nouvelles :  » Au lieu de t’en plaindre, ne peux-tu apprécier ce silence ? ».

OUiiiiiiiii. Ouiiiiiiiiii. JE L’APPRECIE ENFIN. Je n’attends plus RIEN. Brûlés, donc, vifs et morts dans le feu du poêle. Avec des tas d’autres inexistants qui n’ont aucune place à garder. Je ne me souviens plus des noms. Edith ? Formidable collègue aussi mais Boudiou cela date de la guerre de 14 ! Marie-Claire, mère d’un neveu. elle a refait sa vie, elle est heureuse, nous nous aimons en pensées mais nous ne nous reverrons plus, cela fait dix ans que ça dure et je n’avais pas l’adresse actuelle ! On ne va quand même pas garder juste des noms avec des coordonnées périmées ! Qui d’autre ? Quelques personnes du net mais avec lesquelles les contacts n’ont pas duré.

J’ai sauvegardé deux exceptions, puisqu’il en faut, juste des petites failles dans les souvenirs, qui ne font pas mal, qui sont un petit sucre :

Marie et sa fille vietnamienne, qui m’ont hébergée lors de mon dernier mois au Laos. Tout au long de l’année dans ce pays, on a vécu des moments superbes que je n’oublierai jamais. Je les garde en mon coeur, leur générosité et leur humour, leur poésie. On ne se reverra plus mais je garde des coordonnées, peut être périmées. Je garde aussi l’adresse de la grande maison de cette mère d’amis qui est morte l’an dernier sans que je le sache. Personne ne m’a informé de cette mort ( tous les « anciens amis » étaient au courant) cela m’a profondément choquée et j’ai grandi d’un bond. J’ai accepté les gouffres temporels, la réalité des vies de chacun, la non proximité. J’ai mieux regardé les choses en face et mieux comprise mon errance sans objet. Et j’ai acheté un nouveau carnet d’adresses.

Il est tout neuf et déjà amoché. Il y a ton adresse dedans. Il gonfle un peu parce que j’ai déjà collé des machins à l’intérieur. Il y a déjà un élastique merdique autour pour le contenir dans ses joies. C’est le James Bond des carnets d’adresses. Tout y est écrit au crayon, ça commence toujours ainsi dans la vie.

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3 réflexions sur “Hommage aux disparus du carnet

  1. moi aussi, j’ai de vieux carnets de la nuit des temps….
    ainsi que des agendas truffés
    j’ai ça disséminé pseudo rangés oubliés
    des adresses obsolètes
    et des noms effacés par ce que ..
    certains sont morts
    les pages scellées collés gardent les secrets

C'est ici qu'on cause...

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