La poésie de Modiano

J’ai terminé le dernier Modiano, tout doucement quelques pages dans le soleil qui s’éloigne. La pièce change de couleur. Perd son rouge.

J’ai relu certaines phrases plusieurs fois. Pas au début, au début je glisse dessus, j’essaie juste de suivre le parcours, le dédale où l’auteur emmène. J’ai d’ailleurs légèrement perdu le fil aux deux tiers du livre. Je n’ai pas repris la lecture durant quelques jours et je me suis perdue en revenant. Une drôle de sensation. Perdue dans un récit qui met des petits cailloux mais qui oublie de les peindre en blanc. Des cailloux dans des cailloux, de quoi tourner bourrique. Je m’y suis remise tout de même, faisant appel à ma mémoire, à celle de l’auteur. Qu’as-tu dit de cette personne ? Cette maison c’est celle de St Leu avec l’école au bout ?

Les phrases-clés, dissimulées parmi des phrases, je les laissais faire avec cette terrible discrétion Modianesque. Non, je ne fais que passer, disent-elles, perfides. Puis je me réveillais. Non mais comment a-t-il écrit ça ?? Retournons en arrière de quelques lignes. En un tour de main, cette délicatesse, cette simplicité. Voluptueuse phrase-clé pour moi. Je la reprends, je la relis, j’oublie de la noter pour m’en roucouler la gorge à haute voix.  Mais c’est la magie : elle ne colle à rien d’autre, seule elle ne dit rien, elle se fond, on la dirait banale si on ne savait pas.

Alors pour finir, je les ai notées, ces deux phrases là, dont la toute dernière. Et tout est dit.

Au réveil, dans cette chambre, il se rendait compte qu’il lui avait fallu quinze ans pour traverser la rue.

Au début,  ce n’est presque rien, le crissement des pneus sur le gravier, un bruit de moteur qui s’éloigne, et il vous faut un peu de temps encore pour vous rendre compte qu’il ne reste plus que vous dans la maison.

Et toc.

Et ce morceau de Limousine, laisse venir, prends ton temps, tu vas pas regretter.

.

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7 réflexions sur “La poésie de Modiano

    1. Vi vi viii
      J’en ai lu deux autres l’an dernier, dont un que j’ai adoré chai pu le titre (les heures bleues ou un truc avec bleu ?)
      C’était la première fois que j’accrochais enfin à un de ses livres

      Et la zique t’a écouté ?

C'est ici qu'on cause...

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