On ne se connaîtra jamais. (reprise)

Il y avait certainement deux espaces séparés. Elle avait un double, elle en était maintenant certaine, elle en avait eu la preuve il y a quelques années, suite au décès d’un individu qu’elle croyait proche. C’est au « qu’elle croyait proche »  qu’il faut maintenant prêter toute l’attention. Elle était persuadée avoir bien connu Anna, cette femme décédée l’an dernier sans que personne ne l’en informe, ni Elise ni Marc, par exemple, leurs amis qu’elle « croyait » communs.

Ils s’étonnaient de son agacement. Ils ne savaient pas qu’Anna faisait partie de sa vie. De quoi parlait-elle ? Quels souvenirs, quels courriers avait-elle partagé avec Anna ? Eux, bien sûr étaient proches et s’étaient rendus à la cérémonie.  Mais pas elle. Cela revenait tout le temps depuis une dizaine d’années : « Eux oui mais pas elle. » Son double l’avait encore frappée, elle se ridiculisait depuis trop longtemps, c’était affligeant cette impudeur à se déclarer présente, aimée et aimante dans un univers où on ne la reconnaissait plus. Elle est cinglée, inutile de chercher le contact, elle n’est pas fiable. Ils avaient fini par rompre par facilité. Elle était trop compliquée. Kamikaze, elle en remettait une couche :  » Je te préviens je ne suis pas très fiable. » , avait-elle pris l’habitude de lancer en préambule à tout contact. Temps de latence, silences, sourires crispés. K.O relationnel assuré. Elle espérait, un jour, rencontrer son double, un jumeau, un pareil qui rétorquerait «  Moi non plus je ne suis pas fiable ».

Quel soulagement cela serait. Mais elle ne s’était pas encore croisée. S’il existait une faille, elle était bien protégée. Une paroi verticale entre ce qu’elle croit vivre et le peu qui se voit d’elle. Surtout ses sentiments et leur importance. C’est dingue comme on vit secrètement malgré soi. En croyant faire du bruit elle était devenue inaudible et effacée. Pendant toutes ces années, des années qui avaient sûrement un commencement discret mais qu’elle n’avait pas senti. Il y eut des a coups, elle en sentait encore les secousses, il y avait bien ces traces dans sa mémoire mais elle avait minimisé ses impacts. Elle s’était démarquée. Comme on retire une étiquette sur un vêtement. Certains la croyaient en laine alors qu’elle était en coton, et inversement, voire en nylon. Maintenant c’était trop tard et de cela elle était certaine. Maintenant c’était trop tard. Partir ou revenir s’étaient confondus. Elle était enfin libre.

Elle décide qu’il y a un début à tout commencement. Et que renoncer est un bon départ. La partie d’elle à trancher ne lui pose pas de question. Elle n’aimait plus cet étiquetage frelaté, elle en faisait des tonnes, elle chagrinait sa monture au lieu de la caresser. Si elle pouvait moins pleurer cet après-midi, elle saurait quelle liberté elle va enfin se rendre. Reste, certes,  une nauséeuse impression d’avoir cramé ses vies. La tentation était trop forte.

 Cette possibilité de tout reconstruire en foutant le camp régulièrement était sa façon de tenir debout. Plus le temps passe plus elle s’en rend compte et moins elle a le courage.  Mais elle ne saura jamais planter une tente. Elle ne sait pas enfoncer des piquets. Elle n’a jamais été faite pour rester, pour bêcher le même sol et cultiver un jardin au delà de quelques saisons.

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4 réflexions sur “On ne se connaîtra jamais. (reprise)

  1. Reprise ? ? ? ?
    Et rien à faire, tout reste flou….
    On a beau chercher, expliquer, y croire et tenter de convaincre…
    Rien à faire et tout reste flou …
    Chez moi , c’est un peu plus clair !
    C’est même devenu très clair, simple, limpide..
    Mais la génération suivante a tout compris,
    a bien appris sa leçon..
    Cette leçon qui les empêchera à vie de comprendre!!
    Et je reste dans le gris, dans le flou .

    1. Merci pour ce nébuleux commentaire qui est bien agréable en ce premier mai de déluge

      j’ai mis « reprise » car c’est un récit-fiction que j’ai démarré il y a….18 mois, j’ai mis beaucoup d’épisodes ici
      Maintenant je remanie tout, j’aimerais tout retravailler….si j’ai quelques mois de chômage, par ex

      Bises

  2. ah, oui, c’est bien que tu reprennes tout, ça vaut le coup, ton truc, c’est très cinématographique , je trouve..
    ici pluie pas trop, V est dehors avec la machine à débroussailler et moi je vais me mettre à peindre mes 75 tubophones en bleu vert clair..
    je t’expliquerai..

    1. Ouais ben ce truc c’est un peu la Bérésina.
      J’ai ouvert un nouveau doc. et je ne garde que très peu de mon premier manuscrit
      Je vire tous les personnages….je ne sais pas vers quoi je pars

      En fait j’ai « écrit » une première histoire, fin 2013, pas tout à fait finie mais …
      Et je ne suis plus sur le même délire, moins de description des voyages et des personnes….et je ne sais pas si c’est pire ou mieux

      Je me dis que j’aurais peut être dû faire lire tout l’ancien récit à JMD de Scribu, par ex, il y a peut être des morceaux sympas pour la revue…ou le jour où ça causera voyages ?

      hu hu c’est le souk,
      Merci de tes encouragements

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