Roses rosiers rosam etc

Au fond du jardin deux rosiers sur pied. Le premier fait peu de roses mais elles sont grosses et fragiles. D’un blanc-jaune crémeux avec un coeur rosé. Chaque rose étale son port, se relâche au maximum jusqu’à s’effeuiller d’un coup comme un fruit trop mûr. Ne s’ouvrent qu’une à la fois, attendent la mort de l’une pour venir au jour chacune son tour.

Juste à côté, derrière, le deuxième rosier est plus cadré. Un genre de fourmi derrière la cigale. Celui-ci a des fleurs d’un orange soutenu qui s’éclaircit au coeur dans des jaunes rosés. Les fleurs sentent l’abricot mûr, presque la pêche. C’est très gourmand. L’autre ne sent rien, c’est un beau fainéant. Celui-ci a des fleurs plus petites, parfois groupées. Pétales drus qui se tiennent, une danseuse au cul serré. Une éducation stricte, on se tient droit, on garde son allure par tous les temps. On meurt, sèche entier sur place, on va jusqu’au bout accroché, coeur vaillant. Tête de pioche.

En ce moment ils sont tous les deux en fleurs. C’est à dire comme j’ai dit : une énorme rose lascive qui s’étale mollement pour le premier, des couleurs émotionnelles tant elles se jouent dans la clarté, dans l’imperceptible. Plus loin trois grappes d’un bel orange foncé, vers le rosier bien éduqué, pointes de pétales dressées vers le ciel, corps rassemblé, très beau, miniature comparée à l’autre dévergondée. Il faut approcher de près ce colonel et ses troupes rangées pour humer le parfum enfantin, déroutant, dans le creux de la rose qui change de couleur quand tu la rejoins. Main de velours dans gant de fer, le colonel.

Je n’aimais pas les roses, je ne sais pas pourquoi j’ai évolué. D’abord c’est une plante de faignasse. Y’ a quasi rien à faire. Elle pousse, elle fleurit, partout ou presque. Elle supporte le fort soleil. Et dans mon petit jardin au sol impossible, le rosier tient bon. Il n’y en a qu’un que j’ai dû déplacer à cause des fourmis qui habitent partout ici. Les trois anciens rosiers qui appartiennent à la maison ( ou plutôt la maison leur appartient ) et grimpent en façade, m’ont sans doute aussi influencé. Je ne connaissais pas le caractère trempé des rosiers, leur résistance à tout, leur liberté. Je détestais juste les fleurs coupées des fleuristes, surtout les rouges vulgaires.

Je ne vous ai pas parlé du petit rose pompon. Il a du mal. Il est chétif. Des araignées l’embêtent. Je l’ai bien arrosé cette année et il m’a fait plaisir. Il fleurit souvent, une fleur par tige, il fait un petit bouquet à lui tout seul. Des roses douces et rigolotes, le bout des pétales dansent, sont un jupon à frou-frou. Le rose est frais mais suave, différent du coeur aux extrémités. Oui, c’est ça, les roses il y a de tout. Et quand il n’y a rien qui fleurit, elles sont là quand même.

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