Mes encore

On ne sait pas très bien. Cela pourrait être une nouvelle ère, une autre chose dans la vie.

Le mari d’une amie m’a dit, il y a quelques années, en se moquant un peu gentiment, alors que je disais un truc genre que j’étais moins sereine qu’avant ( c’était il y a trois ans), il répond  » L’as-tu jamais été, Laure ? ». Petit sourire en coin. Cette même personne me disait dix ans auparavant  » Si Laure  n’existait pas il faudrait l’inventer. ». Je crois qu’il n’y a pas plus belle phrase pour un ami . Ce miroir posé devant moi d’un petit coup d’oeil malin, un soir d’hiver, un soir assez moche, dans le canapé de ces amis que je ne vois plus, ce petit miroir avec des airs de loupe m’avait fait Tilt.

On a aucune idée de qui l’on est ni de comment on est perçu. Je n’ai aucune idée de ce que j’ai vécu. De la tête que j’ai eu, de la tête que j’ai. Parfois je me dis  » Non mais c’est pas possible, tu ne peux pas avoir cette tronche là ce n’est pas du tout ce que tu es à l’intérieur ! ». N’importe quoi.

C’est comme pour s’habiller. Ca s’en vient, ça émerge un peu, mais je ne suis pas sûre de m’habiller comme je suis. Mon idéal est népalais, la tenue des hommes. Sur place j’ai totalement craqué pour leurs vêtements.  Un pantalon léger ( ou pas) et une longue tunique dessus. Une amie me décrivait un de ces amis, artiste, qui s’habille toujours de la même façon. Une longue tunique sur ses pantalons. Et en le disant je me dis oui mais on se lasserait, bien sûr. Et je n’ai jamais rêvé être nonne.

On est peut être. On est encore. Est-ce que j’aime le mot « encore » ? Je me le demande.

Ce midi je suis « encore » à la piscine, cette merveille sortie de terre, d’eau bleuE transparente d’où, couché sur l’eau, tu ne vois que le bleu du ciel, et des hirondelles qui parfois viennent planer sur toi pour boire l’eau. Puis, debout, ou nageant la brasse, tu vois les collines, les monts, de droite et de gauche, un vert, lumineux et accueillant, impassibles émergences, enthousiasmantes. Le soleil miroite dans le bassin, des étoiles, des reflets qui t’accrochent et te font rêver dans lesquels tu traces, fluide.

Et « encore » et « encore » chaque été nous sommes éblouis, émerveillés, nous sommes plusieurs, on finit par se (re) connaître, qui jouissons de ce bonheur consciemment. On s’attarde, on verse presque une larme le dernier jour. Cette année on a tous sympathisé avec les maîtres nageurs, certains ont même dîné avec eux, partagé des cafés. Amené des gateaux. Ce midi deux de ces nageurs-amis passaient leur dernier midi sur place et ne savaient plus comment quitter tant de beautés et on se le disait. Cet endroit est un écrin et on aime aussi que tout le monde ne le sache pas, que tout le monde n’en prenne pas bien la mesure. C’est notre secret, nos moments vers 13h où l’on est vivants, enfants, débordants de remerciements. Et c’est encore et encore et cela dure.

Accepter les encore qui s’imposent, peut être. Les chérir, les rencontrer, les écouter, les aimer. Comme une amitié.

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