vie et chat

Je crois que je sais pourquoi la mort de mes chats m’est insurmontable bien plus que la mort de mes aimés.

La perte de nos humains ouvre un chemin qui mène à deux rivières. L’une est d’un chagrin à vie, insondable, intarissable. L’autre est d’envies de vivre, d’envies nouvelles. Un besoin de transformation du malheur. Un courant nouveau, un vent qui arrive. D’ailes autant que de plomb est faite la mort des nôtres.

Peut être parce qu’on a été humain ensemble, sans doute à cause du langage, sans doute à cause de nos cerveaux et de ce qu’on en partage, on vit et on meurt entre humains de manière tout à fait différente qu’entre humains et animaux.

De la mort d’une soeur, d’une mère, d’un époux, d’un grand-père, naissent des imprévus, des renouveaux, des édifices à creuser, une archéologie du bonheur pendant que le chagrin suit son cours et ronge. On ne peut pas laisser toute la part belle au chagrin sous peine de mourir à son tour un peu trop vite. La vie demande des contreparties à la mort. C’est qu’il faut bien vivre, si possible encore plus. Vivre avec eux, continuer de les chérir et poursuivre ce qui se vivait et nous construit encore jusqu’au bout.

Quand un animal meurt, d’abord tout le processus « avant » est parfois trop pénible. On est pas outillés.  On sait mieux soigner et accompagner les humains, y’a un truc qui s’appelle médecine, y’a un corps qui est comme le nôtre et l’on peut comprendre ce qui arrive, on est aidés, y’a un truc qui s’appelle des médecins, des hôpitaux, par exemple.

Quand l’animal meurt, il n’y a plus rien. C’est comme si le règne animal refaisait surface, et nous humains on est paumés. Je ne sais pas communiquer avec un chat qui a disparu de ma vie. J’ai même du mal à y penser, à repenser à ce qu’on vivait. Le chat me quitte, il n’est plus dans ma vie. Ce n’est pas du tout le cas avec les humains. L’humain mort, au contraire, s’installe. Sa mort creuse les rivières, celle du chagrin à vie et celle de la transformation de ma vie, celle du renouveau progressif, que je le veuille ou non, je suis totalement transformé dans mon quotidien, mes choix, mes capacités. Le chat ne me transforme pas quand il meurt. C’est brut de pomme, dans le plus grand dénuement il me laisse, certes nous avons eu de merveilleux moments et une profonde relation a été. Mais tout se termine d’un bloc, sans espoir, sans prolongement dans ma vie, sans autre conséquence qu’un immense désespoir et un goût d’injustice, juste cela, rien de plus, pas de bonus, juste le pire du deuil.

Alors t’as l’air vraiment con quand ton chat meurt, t’es tout seul, t’as rien dans les mains, y’a rien à en tirer, sauf à écrire une vie de chat peut être.

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4 réflexions sur “vie et chat

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