Las sans toi

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Mon petit ami, c’est ma photo préférée de toi, même si tu ne l’aimerais pas autant que moi. Tu ne la trouverais pas à ton avantage, c’est vrai, mais tu sais comme on était bien sur ce fauteuil, toi et moi. Je t’y ai longuement parlé après ton opération de juillet. Je t’ai raisonné et calmé, nous avons bâti des châteaux en Espagne, tu as accepté et compris que tout ne serait pas comme avant mais qu’il fallait se reposer et se soigner. Tu as été adorable. Ce fauteuil a été notre salut pendant de nombreuses semaines, ta chambre de convalescent, tu ne voulais même plus le quitter quand ça allait mieux. (Si, à un moment, peut être une dizaine de jours ça allait mieux, les tumeurs n’avaient pas envahi ton flanc. On était juste après l’opération, on croyait à une belle cicatrice. ) N’opérez pas les vieux chats cancéreux, c’est une connerie de véto qui croit tout réparer coûte que coûte.

J’ai re pleuré en regardant cette photo. Tu nous manques mais nous ne pleurons plus beaucoup. Je ne sais pas si c’est bien ou pas. Ton ami est très triste. Il ne se remet pas de ton départ, même si ce fut un beau départ, un cadeau presque. Il t’a écrit quand tu es mort, je crois que tu as lu sa lettre. Un beau texte. Je crois que tu as plié le papier plusieurs fois et que tu l’as mis dans ta poche. Car tu as des poches de veston maintenant, petit chat. Nous ne pouvons pleurer tous les jours mais en fait c’est encore pire. Nous sommes silencieux, ton ami est morose, il chante des chansons mélancoliques en français ou en anglais. Tu n’es plus là, il te chantait des berceuses dans le cou, tu te souviens. Donc, c’est pire de ne pas pleurer, de ne pas te pleurer, pleurer en dedans s’accumule et rend tout sale.

Nous sommes allés garder des beaux chats. Il y en a un tout noir très costaud, il te plairait aussi. Il y en a une toute douce et sauvage avec des yeux un peu bizarres comme tu avais petit. Elle ne te laisserait pas indifférent. Nous avons été réconfortés de câliner à nouveau des félins si gentils. On a bien rigolé et ton ami n’a cessé de parler à la féline en faisant son taï chi, tu sais comme il est. Le beau noir musclé et délicat ( il fait des mini miaou tout feutrés) a dormi avec moi le dernier soir. Un ange était posé à côté de mon oreiller. Oui, je te rassure nous adorons toujours les chats même si nous n’en avons plus chez nous. Tu as laissé ce vide là, un nouveau vide, le vide des chats. C’est un vide très grand qui prend toute la place de son silence, de son absence. C’est un chagrin qui relie tous les chagrins. Chat perché, chat pleuré, chat part en vrille dans les coeurs. Alors on se regarde avec ton ami, lui et moi, et on se demande. On se demande si on s’aime comme chat. Si on veux vivre entre nos bras. Il est très fatigué, il est las. Puisque tu n’y es pas.