je continue l’expérience

Je ne sais pas si je vais continuer longtemps l’expérience mais j’ai quand même accepté de travailler les lundi matin de novembre auprès de cette jeune femme handicapée dont je vous ai parlé.

Ce n’est pas ce que j’y fais qui est le propos. J’y fais peu et l’ambiance est feutrée et sympathique. Le gros chien ronronne dans son coin. Nous sommes à l’intérieur, nous ne sortons jamais même quand brille le soleil et qu’il suffit de quelques mètres pour être dehors. Je sers du thé. Je fais le lit. Je range des papiers. Nous bavardons. Durant tout ce temps, ces quelques heures, je me regarde être là et je n’arrive pas à penser que « je travaille ». Je n’offre rien de mes compétences professionnelles pourtant nombreuses et exceptionnelles ( Mouhahaha !). Ce matin j’ai été lente et précautionneuse, je dirais que c’est au moins une bonne chose. Je me déguise en patiente garde malade, patiente dame de compagnie. Je prends trois plombes pour faire un lit tout neuf. Je pose les papiers sur la table, je les range avec précaution comme si c’était la première fois que je rangeais des feuilles dans une pochette plastique, comme si j’étais une enfant. Je m’infantilise tout en rendant service. Je ne suis que les mains et les pieds de cette personne. Et je continue de m’observer dans cette posture nouvelle qui ne me convient pas, pas à long terme.

En gros, j’ai l’impression de rendre service mais pas d’exercer un travail. Je me dis que c’est à cause de tous les boulots que j’ai fait. Très actifs, très en lien avec le social et les groupes, très dans une dynamique d’ensemble, très dans la création, la mise en place d’actions, etc. Là je ne mets rien en place, j’obéïs à quelqu’un qui m’utilise. Je ne dis pas cela péjorativement. Je constate ce que je ressens par rapport à ce que j’ai vécu en situation professionnelle.

C’est sûrement parce que je débute. On ne se connaît pas assez pour que je puisse éventuellement amener quelque chose de spécifique, de moi-même et personne d’autre. Je me demande comment les auxiliaires de vie ressentent leurs compétences professionnelles. L’amie qui me propose de prendre de ses heures pour la soulager aime parler de son travail. Elle apporte des compétences d’accompagnement, de soutien, de conseils sur le bien-être et la santé ( telle tisane, tel CD de méditation, telle forme de spiritualité…). Elle vit ce métier depuis une bonne quinzaine d’années, je crois qu’elle n’en a pas exercé d’autres, il faudra que je lui demande. Il faudra que je saches avec quoi d’autre elle peut comparer.

Ce n’est pas fatigant de venir chez cette jeune femme adorable, dans cette superbe maison en pleine colline. Je ne gagne rien. Ce qui se rajoute à mon allocation chômage est dérisoire. En septembre j’ai fait une après-midi pour 45 euros et au final cela m’a apporté 7 euros de plus sur la somme mensuelle ( revenus+alloc. modifiée). Les allocations chômage sont trop élevées en France, c’est mon point de vue.  Pour connaître bien la question après avoir été chef de service en Conseil Départemental en protection de l’enfance et aide sociale ( Au Sec…), je trouve que nous bénéficions de trop d’aides et qu’elles sont trop généreuses. Je ne souhaite pas vivre du chômage, je suis contente de gagner un salaire. Mais ce « travail » que je peux faire actuellement est si loin de mes compétences et de ce qui me fait aimer un travail. Ne serait-ce peut être que la vie sociale que le travail procure. Le nez dans le cambouis avec d’autres personnes, des lieux, des fonctions, des réseaux, des entreprises, des institutions. Qu’est ce que j’apprends chez cette jeune femme ? Si peu ? Ou suis-je juste nostalgique du travail que j’ai perdu et que je ne ferai plus en tant que salariée ?

Qu’attend-on de soi quand on exerce un métier ?

Je ne me suis pas ennuyée ce matin. Je ferai les quatre autres matins de novembre, mais je crois que je ne vais pas continuer car je ne me sens pas à ma place. Je m’observe et je ne sais pas ce que je fous là. Je ne sais pas y donner un sens, un mouvement neuf pour moi, un défi, un challenge, un apprentissage. Non, je ne vois rien de tout cela. Par contre quand je sors, quand je m’en vais et dans les heures et jours qui suivent, je suis remuée, mon esprit réfléchit, me réfléchit en somme et je peux repositionner des questions, tenter des réponses. Accepter aussi peut être de ne pas travailler actuellement, par exemple, mais jouir encore plus des activités créatrices que je me suis offertes pour l’année. Qui sait ?

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