L’après

Dans le silence j’ai placé mon corps. Pour sauver ma tête.

Je vais rarement devant mon ordinateur, je me suis sortie du labyrinthe et des habitudes. Ma tête se perdait. Mon corps se faisait petit puis souffrant. Je reviendrai, j’ai envie d’écrire.

Il faut aussi dire que mon ordinateur est faiblard, très. Et nous avons déménagé des pièces, modifié les câbles qui connectaient. Je passe des jours sans ouvrir ma machine personnelle. Je passe mon temps sur ma machine intérieure, coeur, souffle, muscles, dos, pieds, marche, nage, yoga, relaxation. Je passe mon temps à cuisiner, plaisir, santé, douceurs, épices, bien-être. Je passe mon temps à créer, modelage, collages, bricolages, peinture. Nous allons faire des peintures avec chacun une toile de 1m20 sur 40cms,  à l’atelier, j’ai hâte, le processus de recherche a commencé avant les vacances, c’est passionnant.

Je relis aussi. Enfin. Des amis dans mes mains, en papier, des pages à tourner, sous la couette dans le froid de la chambre peu chauffée, une couverture sur mes mains comme des gants.

Le jeune chat squatte de plus en plus le jardin. Il entre dans la maison parfois. Mais n’y trouve pas une place où se poser longtemps. On finit par le remettre dehors mais il n’a pas envie. A la maison il vise les hauteurs, les meubles, son regard cherche… mais ici les chats n’ont pas le droit de monter sur les tables ni sur les plans de travail. Je me sens plus à l’aise quand il est dehors, à le choyer, le caresser, le nourrir. Il mange tout : les gâteaux, le riz aux légumes. Il ne boit jamais, même pas le lait. Il communique très aisément et finement avec l’humain. Il procède par étapes, il est intelligent. Sa vie reste une énigme pour nous. A-t-il une maison ? On doute parfois. Pourtant il n’est pas sauvage ni totalement affamé, en fait chaque jour est différent. Est-il en transit entre des choix de lieux ? Ses maîtres sont-ils en vacances ? On s’adapte, on l’adopte en gardant des distances, je n’ai jamais vécu cela. Pas si évident quand il se colle à la vitre de la cuisine et qu’on a décidé qu’il ne rentrerait pas ( pour le laisser entrer il faut rester à proximité, on ne peut pas le laisser seul dans la pièce il ferait vite « une bêtise » en allant se percher quelque part). Nous aurons un chaton en avril, si tout va bien. On lui réserve donc sa place à l’intérieur dès à présent. Mais ce jeune chat qu’on nomme Grigou est très heureux de nous connaître. Nous sommes son refuge. On dose, il ne peut pas tout faire, mais il est en sécurité et sait qu’il peut dormir à l’abri, sur la terrasse dans des cartons doux, et manger, surtout.

Janvier a frappé ses menaces. Dans un puits je suis tombée mais il y avait encore une échelle sur le côté. Février m’a remise debout mais j’ai eu bien peur dans le trou, j’ai vu des choses terribles. J’ai la peur dans le dos, je ne veux plus retomber. Le printemps arrive à point.