Le vide n’est plus

   Je me suis réveillée cette nuit étonnée de rêver encore de toi. Amour dévorant, passion fidèle en mon cerveau inconscient. Tu es ce souvenir qui s’égare dans mes peines et me revient quand il veut. Mes rêves de toi sont des brassées de fleurs que je pose sur des tombes, toutes les tombes que nous portons et choyons, sans le savoir, sans le vouloir. Cela nous dépasse. Et tu reviens encore dans mes rêves alors que je t’ai enfin évacué de ma vie vingt ans après. Mais tu es une tombe fleurie toujours à refleurir. Et dans chaque rêve tu souris, tendre et prêt à tout,  et c’est moi qui me pose des questions et angoisse, c’est moi qui me plie en quatre en moi-même pour revenir et te garder, revenir en arrière vers ce qui ne fut pas assez bien quitté.

Amour avorté d’un désir jamais mort. Passion irréelle de deux êtres qui se sont vraiment rencontrés, plus qu’ils n’auraient du, plus qu’ils ne pouvaient. Le corps suivait mais l’esprit s’est détaché. Le corps en lambeaux, déchiré du départ de l’aimé,  a laissé des bouts de sexe vacants, jamais repris. Tu me reviens ainsi au profond de ma nuit, raccordant les peaux faites l’une pour l’autre, dans des rêves toujours différents, les lieux se superposent et invitent, reprennent l’histoire tombée au fond d’un trou. Je viens dans la nuit poser de nouvelles brassées de roses sur nous, notre disparition, et toutes les tombes fleurissent de ceux qui ne sont plus.

Autrefois je souffrais de ces rêves qui rehaussaient ma mélancolie et ravivaient le manque sans but. Ce matin je suis heureuse de ce message nocturne. C’est une caresse bien au delà de toi. Mon rêve prend ton visage pour prétexte et creuse et apaise mes frayeurs. L’amour puissant s’y déroule, revit d’autres possibles et m’offre des univers que j’avais enfouis. Par le rêve de nous et nos souvenirs, j’entre dans ces vies multiples qui sont miennes. Je les remets au présent en me réappropriant du bonheur passé. Je peux m’amuser de ce qui gonflait mon chagrin, me réjouir des amours qui ne sont que l’Amour en nous qui tournoie sans fin . La perte se transforme en cadeau, le perdu est retrouvé, transformé. Les aimés sont l’essence de ce qui permet d’exister sans se détruire, le vide est sans importance, rempli de la vie.