La photo qui fait pleurer

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Sur le quai il n’y avait que moi. Je me suis assise dans le restaurant en terrasse, ce n’était pas le moment mais elle a bien voulu me servir un thé. C’est la photo qui reste vivante. Toute ma vie je m’en souviendrai. Je me souviens, disent-ils sur leurs voitures. J’étais venue seule après un voyage en trois bus du plus grand au plus petit. Dans l’embouchure du St Laurent ma grand-mère était née. Je sais si peu de choses. J’en apprendrai quelques unes. Portées au coeur, cousues dessus.

Personne ne sait, nulle part, ni dans la petite ville douillette au bord de l’eau, ni sur les quais, ni ce matin là sur cette terrasse, personne ne sait ce que je vis et mon bouleversement. C’est un pays où j’existe, où ma famille a existé, il y a longtemps. Je retombe dans ce temps, qui devient mon présent. La chaleur d’aout est terrifiante, mais une petite brise de fleuve me suit. Personne ne sait et je ne sais  quelle tête j’ai, je crains d’avoir un air bizarre, les gens que je croise voient-ils ce que je ressens. On ne me demande rien, c’est un pays où tu es libre. Femme tu es libre d’aller et venir sans qu’on te regarde comme de la chair à tâter. Tu es entière dans ce pays. C’est cela. Je me retrouve, je me ressemble, je suis libre de me ressembler. J’adhère et m’hérite, je me donne, je me rassemble. Je m’en souviendrai toute ma vie. Je suis une amie retrouvée de toujours pour toute la vie qui attendait et aurait pu attendre encore, rien n’a d’importance. Mais je suis venue et j’ai franchi mes océans. Mes désirs les plus importants se réalisent. Ce jour. Un jour. Des mystères restent entiers mais m’ouvrent leur porte.

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