Les vagues et vient

 

Alors à un moment c’est de joie qu’on pleure. C’est de soi.

On ne sait comment, c’est toujours ce qui m’agace, ne pas savoir d’où vient l’envie. D’où le désespoir vient, comment il s’impose, parfois, ça oui, on voit, on sait, on sent la racine, celle de l’arbre sur lequel on a trébuché. Cela s’est passé d’un coup, on le croit, tant le choc se répercute partout. On est tombé sur la Terre. Il a suffit d’une racine apparente et de nous. Impossible de bouger, de croire, de penser à autre chose qu’à cette chute. Aplati sur la terre, on regarde là haut, au bout d’un temps assez long, et l’on voit l’arbre géant se déployer sur un ciel infini au dessus de notre tête. Vois cet arbre immense dressé. On a trébuché en ses souterrains. Le profond de ses fondements en un coup de pied un seul te met à terre. Regarde en l’air puisque tu es au sol, vois l’arbre géant qui inonde le ciel, vois comme ton ciel est grand et facile à assombrir. De cette racine qui t’a mise à terre. Vois comme l’arbre est géant tandis que tu es au sol sur le dos incapable de te retourner, incapable de bouger, se plaignant. Plaignant ce coupable blessé.

Et puis, comment, d’où ?, revient la faim, vient le désir, vient l’amour. Il suffit de quoi?;  parfois je le sais, il suffit de trois têtes d’enfants hier autour de moi. Il suffit de trente minutes en face à face avec mon corps sur le tapis et j’endure, je respire enfin et je dure, et je plonge mes bras hauts dans mon ciel, au dessus de ma tête, très au dessus, tendue et debout. Puis je plie mon tronc, vois cet arbre qui plie mais ne rompt. Et j’ai deux pieds nus qui s’ancrent au sol. Arbre vivant. Il faut la mort, il faut la douleur, il faut ces êtres qui sont partis, toutes sortes d’aimés, qui nous portent. Il faut toi. Même si je suis insatiable de signes. Il y a toi. L’autre. Qui essaie aussi de tenir debout. Nous sommes entourés d’une myriade d’êtres. Parfois je ne peux pas, tout m’enveloppe trop. Mais après tant de dépit, après trop de fatigue,  tout revient sans prévenir. On se chipote, on s’accroche, j’écoute la radio, j’aime  soudain ce que j’entends, je roule en voiture et je chante avec Nina Simone et des souvenirs enfouis remontent de ma vie, de ma vie de jeune femme, je pense à cette amie qui aime tant ces chanteuses de jazz et je ne suis plus triste du tout de ne plus être en contact avec elle, parce que la grâce d’une chanson nous réunit. Je nous revois jeunes femmes pleines d’amours, pleines de nos corps, de nos tourments, de nos mouvements, des clopes, des verres, des cafés, des canapés, des amis par dizaines réunis, des voitures, des maisons en week end, ses beaux cheveux, sa bouche pulpeuse, sa voix déjà rayée par le tabac. Nos apprentissages. Dans la voiture je regarde le paysage merveilleux, je ne me presse pas, des travaux me font gagner quinze minutes de lenteur, rien ne me presse, j’ai choisi cette vie là.

Alors à un moment on est irradié d’une foi. Je crois en la foi. Sans la foi de vivre ce n’est pas possible d’avancer. La vie demande une folie, une croyance inconsciente. Et je comprends qu’on la perde. Plus le temps passe et plus je me rapproche du bord quand je tombe au sol cognée par une racine de l’arbre immense. De géante je passe à minuscule. Je m’enterre et je ferme mes yeux qui ne peuvent plus endurer, respirer, croire. Croire désespérément, follement. Tout ce que la vie demande. Mais à un moment, que je ne peux prédire,  je rentre à  la maison excitée par le goût de vivre, saoule, amoureuse, affamée, et je te dis  » Je te préviens je vais bien, je vais très bien. ».

Oui, bien , bien, tu dis, mais pas trop hein ? Attention après, tu sais.….Et tu souris, presque moqueur…Non je ne sais plus, mon amour,  j’ai déjà oublié. La mémoire aussi doit se plier à la folle envie d’exister.

 

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4 réflexions sur “Les vagues et vient

  1. La folle envie d’exister, ces moments de grâce pure qui nous saisissent et nous laissent éperdus et transformés. Gouter pour une seconde l’éternité, l’harmonie avec le vivant en soi et tout autour de soi. Joie du corps quand il se fait le guide de cette grâce. merveille, merveille.

    1. C’est le corps qui guide, de cela je suis persuadée maintenant, pas le corps qu’on croit, pas celui qu’on voit mais en dessous, au dedans bien au delà des apparences.
      Celui qui danse. Celui au creux de la machine, main dans la main avec l’âme profonde. Ce corps défendant. Dernier bastion face à la perte de soi, portes ouvertes, portes fermées, la ventilation de l’esprit dans chaque cellule. Beauté du vivant , comme tu dis souvent.
      Trésor qu’on ne chérit jamais assez et qui mène la tête par le bout du nez.

  2. Oui c’est un trésor comme tu le dis, un trésor sacré… en fait j’ai mis beaucoup de temps à l’appréhender car contrairement à toi je n’ai jamais eu foi en la vie, ma vie c’est (au mieux) l’histoire d’une lente réconciliation avec la vie, et de la découverte de cette âme profonde dont tu parles… histoires de vie si multiples et si riches, que de chemins où parfois on est tenté de se perdre.

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