Une bonne maladie

Non alors là c’est bizarre. D’habitude mon moral est au rouge clignotant dès que je suis malade. Cela ne m’arrive jamais d’être malade, mais je le supporte très mal. Bon cette fois, j’avoue, ce ne fut pas trop méchant mais tout de même.

Au début, symptômes de grippe, angine, fièvre, et nuits debout ou assise contre trois oreillers à essayer de se souvenir la vie d’avant, celle où j’expirais. ( expirais ?). Mais le cocktail de plantes L52 et de comprimés de doliprane m’a permis très vite de vivre correctement. Et même plus.

J’ai tout de suite fui le dehors. Il semblait que le moindre froid allait me faire chuter. Je suis donc beaucoup restée chez moi, confinée sous des écharpes, des tissus enroulés autour de ma taille, je devais ressembler à Carmen cru, la fermière hirsute, dépenaillée, qui n’a jamais vu de baignoire, sauf que je me lavais. Je suis restée souvent en pyjama enroulée dans des robes de chambres toute la matinée. J’allais à la boîte aux lettres emmitouflée comme un bonhomme de neige et tentais de ne croiser personne, mais en résumé je sortais le moins possible, ce qui d’ordinaire fait aussi chuter mon moral. Mais là point, au contraire. Je n’ai pas réalisé tout de suite l’effet enchanteur de mes douze jours de baisse.  Petite baisse physique, rechutes en cascades, et douze jours en hausse moralement, élan de sérénité en retour. Qu’est-ce ? Sous doliprane je plane ?

Certes on a pris la voiture, roulé vers Clermont Ferrand et assuré notre deuxième tour de garde chez notre ami. Cette fois les deux filles étaient là, autre paire de manche. Nous avions démarré en octobre juste avec la petite, une fée. Un plaisir. Sa soeur ainée est d’un autre acabit. Je la savais assez pénible avec son père, j’avais vu un échantillon de ses capacités et de leurs conflits. Mais j’ai coutume de dire que les enfants sont chiants avec leurs parents, c’est normal, mais souvent plus agréables avec d’autres adultes. Mais non, cette enfant a trouvé moyen de nous gâcher trois repas sur quatre. Rien de bien grave mais il a fallu réfléchir, lui parler, et penser à des stratégies pour que l’harmonie règne mieux dans les cinq autres tours de garde qui nous attendent en 2017. On a par la suite téléphoné au père pour faire un petit point. J’ai pu comprendre, entre les lignes, entre ses moqueries et sa façon de parler de cette fille, j’ai pu saisir d’où venaient les couacs. Je ne comprenais pas pourquoi tant de différence de comportement et de traitement entre les deux enfants, genre l’une sage, l’autre pénible. Maintenant je saisis. L’enjeu étant, bien sûr, dans le conflit mère-père chez ce couple séparé et toujours pas adultes entre eux. Et bien sûr, y’a un enfant qui trinque plus que l’autre. Passons… Donc, malgré cela, et bien j’ai presque guéri à Clermont. J’étais jouasse, aphone et heureuse.

Au retour j’ai rechuté vers la toux, mais seulement mon corps. J’ai continué le cocktail gagnant et aujourd’hui, quasi avec tous mes moyens respiratoires et une température normale, je réalise que depuis douze jours j’ai un moral excellent, pas normal. Ce n’est pas exactement moi, ce n’est pas exactement mon moral, comme si j’avais changé de cerveau avec tout ce qu’il y a dedans. Je plane, je suis sur un matelas dans une piscine chaude en plein soleil. Ce n’est plus l’hiver, il n’y a plus de nuages dans aucun horizon. Durant ma période patraque, toute ombre a dépéri. Peut être le fait de m’occuper de moi comme d’une vieille, sans culpabiliser, peut être le maintien dans cette contenance docile et feutrée de ma personne, comme une camisole de fleurs, de senteurs caressantes, peut être cet abri de moi-même au fond de mon tipi bienveillant, peut être tout cela a-t-il été thérapeutique. J’ai aussi énormément réalisé ma chance de ne pas bosser en de telles circonstances. Depuis 18 mois je souffre d’avoir perdu mon travail chéri, mais là, au contraire, je me suis réjouie. Etre malade quand on bosse est un calvaire. Tu culpabilises de devoir t’arrêter, surtout quand c’est pour retrouver ensuite la somme de boulot t’ayant attendue tranquillement. Tu reprends le boulot avant de t’être vraiment soignée, bref, tu ne profites pas bien de toi. Là, j’avais devant moi la liberté ultime, la liberté pour moi.

Une grande gomme a effacé l’épaisseur de mes esprits et n’a laissé que l’oiseau insouciant s’envolant sur la feuille vierge. Je fus dans le coton, dans la béatitude, je fus sans soucis. Sans fabrication de soucis, ma tête allait, je dormais comme un bébé, je prenais soin de moi. J’ai un peu le sentiment d’avoir tourné une page. Je respire. Je voudrais bien rester comme cela, ne pas retourner en arrière. Dois-je envisager une rechute salutaire ?

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2 réflexions sur “Une bonne maladie

    1. Mmmmh ça c’est gentil ! Il est vrai que j’ai de l’entrainement, dans le genre petite vieille sans famille chez elle. Je me prépare depuis que je suis née je crois.
      Toi aussi, si tu ne refumes plus, hu hu , tu as de l’avenir grisonnant…et tout le reste à continuer
      Bises

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