Les coeurs sont faits pour se serrer

 

Elle attend. Sans importer. Sans exporter non plus sauf cet air qui ne manque pas. Elle danse aussi parfois. Elle est dans sa cuisine, elle est dans sa chambre, elle est dans sa voiture. Penser aussi et surtout repenser. Repenser comme on repasse sa vie au fer à repasser. Quelque chose serait en attente encore. Un fil. Un jour, quelques années. Sur cette table haute d’où elle ne voit plus très bien. Seraient-ce des miettes ou des paquets. Sont-ils restés pour elle ? Que doit-elle en faire ?

Elle ne voit plus très bien. Un grand espace de temps les sépare. Ses souvenirs. Les souvenirs d’elle. C’est pire qu’un débat. Si elle  ouvre les bras elle risque de rester dedans, elle risque l’issue d’au secours. Et l’appétit vient en se saignant à blanc, sans prévenir. Il y a le temps, qui ne quitte pas. Il y a tout cet amour, miettes et paquets noués. Pas assez de rubans pour compenser l’absence dont elle ne comprendra jamais comment elle s’installa à ce point. Si palpable. Tous les êtres peuvent lui manquer en une seule fois, tous ensemble comme un chariot rempli. L’entraînant dans la pente.

Les morts aussi soufflent sur le bateau, ils vont leur eau, ils sont déjà partis tandis qu’elle les voit sur la berge, elle, cette  plante terrienne et vivante. Les morts partent quoiqu’on en dise, même si on veut qu’ils soient encore là, même si on leur parle. Je ne sais pas leur parler. Je ne sais pas vivre avec eux. A de très nombreux moments je leur demande de revenir en secret, pour qu’on se dise, qu’on se voit, qu’on boive un thé comme si de rien. Hors de l’eau, hors de nos terres, dans cet espace volatile entre tous. Cet espace essentiel qui est le nôtre.

L’absence de toi près de moi est un mal, est un être à lui tout seul, universel dans sa vie, au seuil de sa porte. Un facteur qui s’arrête tous les jours devant ma boîte aux lettres. Ils sont de la même famille sans le savoir. L’amour en creux derrière les rideaux. Debout derrière la fenêtre, je vois quelqu’un passer devant ma maison, nous nous voyons sans avoir besoin de nous regarder. Le sombre qui tombe amoureux de la lumière. Seules mes larmes les apaisent et les unissent.

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