Cette nuit je suis morte un peu

Cette nuit je suis morte, je crois, une fraction de seconde, en tout cas, c’est suffisamment nouveau pour que je le remarque fortement et en pleine nuit, oui.

Je ne dormais pas, réveillée vers 3h je crois. Je ne regarde pas mon réveil la nuit quand je ne dors plus, cela ne ferait qu’empirer les choses. Au bout d’une ou deux heures sans dormir j’étais très fatiguée d’être réveillée au milieu de mon sommeil qui réclamait sa part, je me suis pris deux petits comprimés de plantes ad hoc. Je ne sais pas si cela a servi. Je flottais par moment, j’ai commencé, je crois, à faire des petits endormissements.

C’est le problème dans cette situation. Je vire parfois sur les mini sommeils, mais rien de solide, et c’est comme si les rêves ne voulaient pas que je les voie. C’est du court court métrage. Ou alors, bonheur, un peu avant que ne chantent les merles, je replonge pour de bon. Mes rêves dans cette tranche horaire de l’aube ne sont pas agréables, mais on ne choisit pas. Pas à cette heure là, pas dans cet état. Je devais être dans l’option une, on se rendort mais pas trop. On peut dire que je dormais depuis peu, mais j’étais tombée dans un trou très lointain, sans aucune prise sur le réel. Et tout à coup je réalise que je suis dans une voiture, c’est venu par magie, violemment, comme un cauchemar géant, me voilà au volant d’une bagnole, j’ai le sentiment que j’ai conduit, roulé, en ville, dans des rues que je sais, intuitivement, désertes, avant le jour. J’ouvre les yeux, enfin, euh, je vois, tout à coup, enfer et damnation, que le pare-brise est couvert de givre, totalement opaque, blanc, mais pas de neige, blanc-givre glacé qui laisse un peu de lumière et qui est accroché, bien collé, au pare-brise. Tout est bouché. Panique. Mon esprit qui s’accommode à la situation très vite est pris d’une énorme panique. Comment ai-je pu rouler avec aucune visibilité ? Car je sais que j’ai roulé, je le sais. Danger. Tous mes signaux s’alarment. Grand danger, danger fatal, tout me saisit. Je ne peux pas respirer. Je suis dans la voiture comme si j’étais sous l’eau entrain de me noyer. J’ouvre en trombe la portière tandis que mon cerveau m’envoie un ordre de survie, un test ultime : DEGAGE DE LA ! RESPIRE !

La portière s’ouvre sur une rue déserte couverte de neige, c’est le petit matin. Je sens qu’il y a quelques personnes dehors, sur les trottoirs qui m’observent, mais je ne les vois pas. Avant que je ne mette un pied dehors je prends une inspiration. Cela me demande de rebrancher la machine, de relier mon cerveau à mes muscles, comme on rebranche l’électricité.  Il y a une petite douleur, juste le genre de douleur comme quand tu as trop retenu ton souffle, les muscles commencent à tirer, l’apnée a trop duré et te dépasse. Tu es en manque d’air, exactement, trop en manque. Déblocage, un déclic dans ma poitrine, je respire, j’en ai conscience, il me faut décrocher de cette situation que symbolise mon cauchemar qui n’est pas un cauchemar, c’est un message différent, d’un autre monde, un message d’ailleurs.

C’est un effort de faire venir l’air, mais j’inspire lentement, doucement pour ne pas risquer un choc physique. Je m’écoute respirer, l’inspir puis l’expir surtout qui amorçe la reprise de ma vie. Oui parce que c’est bien beau d’inspirer mais si tu n’as pas l’expiration derrière t’as l’air idiot, retour à la case départ, retour dans la bagnole aveugle. Toutes sortes de pensées me viennent à ce moment, allongée dans mon lit. J’étais partie, j’étais en apnée, la machine s’était arrêtée, à peine, mais assez pour que je ressente bizarrement  la reprise et la mécanique de mon corps qui appuie sur le bouton  » Urgent » « On passe en manuel ». J’ai tout de suite pensé,  » ça ne me plairait pas de mourir maintenant ». Puis je me suis dit que c’était pas la peine d’y penser, on est si peu de choses.

Ensuite, j’ai eu la trouille de me rendormir pour de bon. J’avais encore ce sentiment de poids sur ma poitrine, je devais retrouver une confiance en mon corps tout entier. Et si la bagnole m’attendait encore en plein milieu de la rue pour me happer ? Je précise que je n’ai pas entendu de moteur tourner, on était à l’arrêt. J’étais encore en manque de sommeil, je me suis fait confiance, j’ai somnolé prudemment. Je me suis détendue. Et puis le jour se lève, et parfois c’est une très bonne nouvelle.

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