La bonne surprise

Il est vraiment difficile de se faire une idée exacte sur quelqu’un qu’on a vu deux-trois fois en une année. C’était le cas pour Sophie, présidente d’une association dans laquelle je suis bénévole. Elle m’avait reçue chez elle pour mon adhésion, c’était très sympa, on se comprenait tout de suite. C’est une militante, humaniste, engagée autrefois dans la Mairie, L' »Huma » traînait sur la table de la salle où nous buvions un thé. Elle est café. Mais elle a pu me faire un thé ? Ou bien j’ai bu de l’eau, je ne sais plus,  j’aime l’eau fraîche. Pour moi, un verre d’eau reste un trésor. De l’eau potable à volonté est un luxe.

J’avais caressé Jonquille la féline, une mémère trois couleurs, douillette, très accueillante. Je pensais Sophie sportive, hyperactive et pas du genre à passer du temps en cuisine. Elle s’habille plutôt jeune pour son âge ( 60 ans ?). Collants de couleur, jupette dessus, jolies bottes. Je ne la voyais pas prendre du temps aux fourneaux, ni se soucier de son alimentation.

L’autre jour au téléphone, nous parlons de la réunion à venir et je lui demande s’il est déjà arrivé que le groupe partage un déjeuner, par exemple, avant une réunion. Non, me dit-elle, mais elle enchaîne tout de suite en me proposant de venir partager le déjeuner chez elle si j’en ai envie. Oui, j’avais envie, d’autant qu’elle est une personne-ressource dans le paysage de la petite ville. J’avais envie qu’elle me connaisse mieux.

« N’apporte rien on trouvera bien quelque chose à manger » me précise-t-elle dans un mail. Cela renforce mon à priori d’une femme portée plus sur l’extérieur que sur la popotte, et d’un jambon qu’on dénichera au fond du frigo qui irait croiser un bout de baguette si affinités ce jour là. De toutes façons, j’avais déjà cuisiné un plat simple et asiatique ainsi que de l’hoummos. J’emportai même un peu de sauce de soja.

Je ne suis pas arrivée à partir à temps de chez moi. La chatte ne répondait pas à l’appel, depuis trois heures elle trainait dehors et j’aime qu’elle revienne de temps en temps. Bien sûr elle est revenue au tout dernier moment. J’avais dix grosses minutes de retard quand je suis partie en voiture. Sophie n’était pas angoissée, pensais-je, elle m’avait indiqué un créneau horaire, pas de stress, mais je fonçais avec mon tracteur 106 Pigeot et pestais contre les trois ralentissements pour travaux sur les vingt kilomètres de route. J’en étais à tourner exactement là où elle m’avait dit d’être prudente pour ne pas rater son allée , quand je la vois debout, comme un phare sur sa route. Ah. Tous mes schémas ont mordu la poussière. Très bienveillante, donc, quasi inquiète facilement ? Je lui demande si elle se faisait du souci, elle me dit que oui. Outche j’avais quinze minutes de retard. Effectivement je n’avais pas prévenu et elle savait que je n’ai pas de téléphone mobile. D’où des doutes, du souci. Je le comprends d’un bloc. Mes estimations sur sa personne sont à côté de la plaque.

Nous entrons chez elle et tout de suite, je suis surprise. Oh la jolie table. Tout est mis, prêt, beau et comme j’aime. Des petits bols de graines, d’olives, du pain de qualité, une salade merveilleusement fraîche, des radis tout frissonnants. Ah et bien je me suis totalement trompée sur la personne, oui, sur sa façon de vivre l’alimentation, la santé, sur ses choix, ses priorités. Je suis comme chez moi. Je m’enthousiasme devant tant de belles et bonnes choses. Tout est délicieux et je m’en veux encore plus d’avoir eu du retard. Elle m’a attendue, vraiment attendue, et elle a préparé pour moi qu’elle ne connaît pas. Je suis extrêmement touchée. Nous dégustons ses mets. Elle s’extasie sur mon plat et le réchauffe. On décide d’en garder une part pour son fils qui rentrera du boulot affamé tout à l’heure et qui va se réjouir. Et nous voilà à discuter de la cuisson des légumineuses, du petit déjeuner salé qu’ils prennent le matin, du rythme des repas, des plans bio locaux, de son inaptitude à faire des pâtisseries, etc . On se régale, on échange des recettes. Je ne m’attendais pas à une telle connivence.

On parle de nous, nous sommes bavardes et nous avons beaucoup de choses à échanger. Les boulots, les lieux de vie, les enfants, les loisirs…Mais il faut partir à la réunion. On se dépêche. Je lui dis que la prochaine fois je viendrai avec un pain d’épices ( on est sur le sujet des gâteaux) pour un thé.  » Oh oui ! » dit-elle. Nous quittons vite la maison. Nous continuons de parler à toute vitesse dans la voiture, trop de sujets, pas assez de temps. Un petit goût de manque, trop à dire, pas maintenant.

Ce n’est que plus tard, rentrant chez moi, sur la route, que je retrouve et réalise toutes les belles sensations que m’a procuré ce déjeuner. La surprise de trouver quelqu’un qui ne colle à pas à la vague impression que j’essayais de m’en faire, dans le doute ( mieux vaut s’abstenir pourtant !). Je me demande pourquoi je suis si touchée qu’elle m’ait reçue aussi bien. Je garde cela au chaud, comme un présent très très humain et gourmand. Gourmandise de la vie. Accueillir toute personne comme si elle était importante et chérie.

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7 réflexions sur “La bonne surprise

  1. Rencontrer de jolies personnes, une bonne surprise alors que l’on est sans perspective de l’Autre.
    Quel joie et bonheur.

C'est ici qu'on cause...

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