Battre les préjugés

Hier j’ai rencontré Murielle. Ce fut un très bon moment, de fait, vraiment. Et pour moi, en dedans, un excellent antidote à mes préjugés et une avancée personnelle très importante.

Nous vivons toutes les deux au village mais nous ne nous connaissons pas. Je l’ai croisée depuis vingt ans, occasionnellement, jamais seule. Un club photo très engagé dans le social, des paniers bio à récupérer, une association où nous sommes bénévoles et deux réunions cette année dans ce cadre là  dans la ville voisine. Je n’étais pas attirée. Je n’arrivais pas à comprendre ce que je voyais d’elle. Soit elle était accompagnée, son panier de légumes au bras avec une amie, et ne me disait même pas bonjour alors que je tentais un salut convivial. Soit je la trouvais comme passive, à côté de la plaque, comme à la médiathèque où je la vois statique sans aller vers des livres tandis qu’elle ne me voist pas, elle. Elle plane, absente ? Je ressentais que quelque chose ne collait pas.

Lente, fatiguée sans allant ? Bêcheuse pas encline à aller vers l’autre ou vraiment du bout des orteils comme devant une eau glaciale ? Je la voyais trembloter un peu et comme je suis un peu vache je me demandais si elle était alcoolique, son apparence, ses hésitations, son « flou » m’évoquaient quelqu’un qui est rongé par un mal intérieur. Pourtant les maux intérieurs m’attirent plus qu’ils ne me repoussent. Alors ? En fait je ne savais rien et je supputais et je n’allais pas vers elle non plus lors des réunions où nous étions pourtant les deux seules venant du même village. Je ne trouvais pas d’accroche, et rien dans le non verbal qui appelât la rencontre.

J’ai franchi un pas le mois dernier en pensant au covoiturage pour une réunion de l’association ( à 20 kms), justement. J’ai demandé ses coordonnées à la responsable du secteur et c’est ainsi que j’ai laissé un message sur le répondeur de Murielle. Ces petits signes sont ceux d’une ouverture dans ma vie, dans ma façon de reconsidérer ma présence sur ce territoire, que je pensais quitter mais sur lequel nous restons. Je sors un peu de mes idées reçues, j’émerge vers les autres, même les très locaux dont je me méfie. Murielle m’a laissé un message en retour, très posé et très agréable, avec un langage très précis qui m’a surpris. J’ai découvert une facette que je ne soupçonnais pas, mes lignes de défense ont alors bougé. Cette femme n’était comme je l’avais pensée. Elle m’informait qu’elle était très très fatiguée et ne se déplacerait pas. La responsable du réseau, la semaine précédente, m’avait glissé que Murielle était malade.

Durant ladite réunion on nous distribue des documents sympas et on me demande si je peux les déposer dans la boîte de Murielle puisque nous vivons au même endroit. J’ai attendu trois semaines et me suis décidée avec un coup de fil à Murielle- répondeur-message- indiquant que je passais à 16h poser ces documents dans sa boîte. J’avais bien envie qu’on échange en direct, que le contact se fasse. Ce quelque chose en moi qui s’ouvre et me permet d’aller vers, de casser le moule. Ce fut donc une belle surprise de voir qu’elle m’attendait, carrément, et m’accueillit par un  » Je ne voulais surtout pas te manquer « . Tout était dit, tout était là. Je suis restée une heure et la communication s’est faite avec un naturel ravissant, heureux. Le grand chat magnifique s’est roulé sur moi, a planté ses yeux verts princiers face aux miens, lui assis sur la table où nous buvions le thé. Elle cherche des solutions pour le faire garder. Je me suis rajoutée sur la liste des nounous potentielles avec joie. Il cause, en plus, ce chat. Il est immense, poilu comme un fou, noir et acajou avec des pointes de blancs. Nous étions donc trois à nous rencontrer et nous apprécier.

Je suis ressortie flottant comme un p’tit zozio sur la branche. Que j’aime être bousculée dans mes retranchements quand cela se fait en douceur, au bon moment, une petite magie de l’humanité !  J’étais vraiment heureuse, heureuse de ce premier pas, heureuse de nos spontanéités mutuelles aussi, tout à l’opposé de ce que je m’imaginais. Cesser de juger, de projeter sur l’autre mes peurs et raideurs, ma vie n’y suffira pas et j’ai un gros bagage à laisser derrière moi. Mais cette étape d’hier m’a fait un grand bien, d’autant que c’est la deuxième fois dans le mois qu’un bel humain me surprend, déjoue tous mes pronostics débiles et m’accorde sa douce présence. Petit oiseau pose ses cailloux blancs et apprend à marcher.

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2 réflexions sur “Battre les préjugés

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