Souvenirs

 

Il fut des jours. Il furent quelques années. Ils s’abattirent sur moi. J’essuyais tous les remords, impossibles à contenir dans mon dedans. Nous devrions être des vases, des pots d’argile. Peut être à force d’être cuits et cuites. Peut être un jour, la porosité des tourments.

Furent ces jours, furent les plus douloureux de ma vie ou presque. Où j’allais voir ma mère enfermée dans des maisons closes pour que les déments y restent. Nous voulions toutes les deux sortir. C’était l’emprisonnement. Je n’avais rien choisi, sauf sur la dernière année où je lui avais trouvé un service hospitalier où mourir, près de chez moi. Je nous avais trouvé un endroit où se retrouver pour toujours.

J’étais dans cette ville normande qu’on dit pot de chambre tant il y pleut. Nous y avons vécu en famille, s’accommodant. Nos racines étaient ailleurs et même si aujourd’hui je ne saurais précisément les localiser, elles restent ailleurs. A Paris était la famille, et en Corse. On y était accueillis. Ma mère a commencé son enfermement dans cette ville normande agréable avec son vieux centre. Là était cet endroit où vivre mal et dément, bien sûr, mal,… et dément donc.

J’entrais et sortais, moi. Telle est la prison, que l’un reste tandis que l’autre a la clé des champs. Mais j’emportais dehors mon malheur. Mon désespoir et mes remords. Condamnée je l’étais. Comment la rendre heureuse, comment l’aider à supporter ?

Un jour que je trainais à la Fnac entre deux visites à ma mère, dans une allée une voix d’ange m’étreint, une musique merveilleuse vient rompre ma coquille grise. Je vais vers le vendeur, il est en extase lui aussi, il s’est mis Sufjan Stevens et est heureux de me le faire découvrir. Je repars avec le disque de cette année là. Michigan. Un Etat où mon arrière-grand père a vécu. J’ai une photo extraordinaire de ma grand-mère sur un poney devant un ranch, cette photo fut développée à la fin du 19eme siècle dans le Michigan. Je connais ce lieu, jamais allée, mais j’ai navigué en canoë sur les grands lacs, j’ai dormi sur les rives, je connais la force du vent. Jim Harrison m’y a conduit souvent. Encore un ami d’enfance, encore un ancêtre avec moi. Michigan.

Il fut une autre fois, c’était le Noël le plus horrible de ma vie, toujours entre deux visites et avant une soirée dans la maison de vieux, je trainais dans un grand magasin, je cherchais un réconfort. Un petit ours en peluche, très doux, m’a appelé. Ils étaient deux, je leur ai beaucoup parlé, je les ai caressé. Il a fallu choisir. Il ne me quitte jamais.

Ce disque de Sufjan ( Sofian) je l’ai écouté en rentrant chez moi, tout de suite. Soulagée d’être revenue, angoissée de toutes mes pensées et de tout ce que j’avais vu. Lâchée la main de ma mère, laissée seule dans son enfer à grand feu. C’était il y a longtemps maintenant, je ne peux plus compter. J’étais, moi, libre, et chez moi. Je me suis assise par terre et j’ai passé ma journée à écouter mon disque. Je n’avais jamais entendu quelque chose d’aussi beau et nouveau. Chaque chanson est une histoire, je lisais les textes. La vie, les gens, la mère de l’artiste, des mobil homes crasseux, des voitures abandonnées, des gosses paumés. Je lisais les poissons dans le lac. Je voyais les usines décimées. La petite guitare comme un banjo près de moi. Je me laissais glisser pour oublier.

 

.

Publicités

2 réflexions sur “Souvenirs

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s