Les quatre à ma porte

 

J’étais pénible le soir. Petite, impossible de m’endormir seule. Je ne sais qu’en penser, vu qu’ensuite, je n’ai jamais eu de soucis d’endormissement au contraire. J’ai toujours dormi comme un bébé sauf que bébé je ne voulais pas m’endormir toute seule dans mon lit.

J’appelais, j’appelais je gémissais  » La main, la maiiiin… » jusqu’à ce qu’une main vienne prendre la mienne. Cela durait longtemps, pas cinq minutes, peut être vingt ? La main ne pouvait se retirer que lorsque je dormais complètement. Après je leur fichais la paix jusqu’au soir suivant. Tu nous a gâché toutes nos soirées pendant trois ans, on n’a pas pu faire ton petit frère ou ta petite soeur, disait ma mère. Voilà peut être pourquoi j’ai ensuite très bien dormi, seule ou à deux, je ne voulais plus empêcher quiconque de faire des bébés.

Ce sont mes parents qui s’y collaient pour « la main…ouin ouin… ». Il s’asseyaient au bord du lit et prenaient leur mal en patience. Mon père me caressait les tempes très tendrement. Ma mère, je ne sais plus, elle chantonnait peut être, elle aimait les berceuses. Je me foutais de tout cela, je voulais une main dans la mienne. On ne sait pas les angoisses des mômes, d’où elles sortent, de quel chapeau, et comment elles s’estompent, provisoirement…

Parfois mon frère ou ma soeur étaient de corvée. Il n’aimaient pas me tenir la main, ils avaient surtout mieux à faire. Ils n’ont vécu que huit ans avec moi. Entre 1960 et 68. Ils ont démarré la révolution et les révolutions ne supportent pas les toits parentaux. Les pavés étaient ailleurs. Je me souviens tout de même de la chambre de mon frère attenante à la mienne durant quelques années. Cette chambre donnait sur un escalier qui accédait au garage et au dehors, et ce sans que personne ne voie qu’on se barrait. Ma soeur a voulu cette chambre, j’ai pris la sienne, elle devait avoir seize ans et moi six, les réunions révolutionnaires armées de petits copains et de solex démarraient. J’était donc encore petite quand je dormais dans cette chambre qui communiquait avec celle du frangin. Je me suis endormie durant mes six premières années avec sa musique à fond. Parfois je suppliais  » moins fort !!!! ». Et c’était dur pour lui de baisser le son, je le comprends. Parfois j’avais oublié mon nounours en bas et je lui demandais d’aller le chercher. Il le faisait gentiment puis remontait le son. Je me suis endormie durant six ans avec les Beatles en berceuse. La langue et les mélodies entraient dans mon cerveau, coulaient dans mes veines, je sentais que quelque chose se tramait d’important, et que ce serait mon tour, un jour.

 

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2 réflexions sur “Les quatre à ma porte

  1. (Zut, du coup j’ai dans la tête ce vers d’une chanson : « Un jour, ce s’ra mon tour », mais je ne retrouve pas de qui de quoi…) (Entendu un « Dossier sensible » sur les Beatles et l’album « Sergeant Pepper hier sur Inter : passionnant ! )

C'est ici qu'on cause...

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