C’est n’importe quoi et puis arretez de parler avec vos bras

Mais que venais-je faire dans cette galère ? Tu te vois arriver dans une piscine avec des chaussures de randonnée, un piolet et un sac à dos de 15 kgs, juste avant de plonger ? Non.

Je n’ai jamais pensé déposer mon C.V au secteur emplois familiaux d’une entreprise d’insertion. Que je connais, en plus, nous étions quasi collègues, on visitait leurs services avec les femmes du quartier aptes à bosser, se débrouillant en français. On cherchait ensuite à les faire sortir de là rapidement en leur trouvant un employeur privé qui les payerait mieux si possible, avec le chèque emploi. Une entreprise d’insertion, c’est un peu comme un contrat aidé. Employer à bas coût, avec des aides financières derrière. Dans le secteur des vieux à domicile, les personnes qui s’adressent à l’entreprise ont souvent des petits revenus, peinent à joindre les deux bouts. Alors, effectivement, mon projet qui ne propose pas de faire des soins ou du ménage, ce n’est pas pour eux. Vous proposez la cerise sur le gâteau mais les gens n’arrivent déjà pas à se payer le minimum vital, le gâteau.

C’est un accueil de jour pour Alzheimer qui m’a orienté vers cette entreprise. Moi j’allais dans ce lieu d’accueil pour discuter de mon idée, basée sur un travail de dynamisation à domicile, avec, entre autre, de la gym douce. Je me disais qu’ils accueillaient des tas de familles et que cela pourrait m’ouvrir sur un réseau. Mais ils sous traitent vers l’entreprise d’insertion toutes les demandes d’intervention à domicile. Mon C.V devait être présenté là bas….

J’ai donc bêtement poussé le bouchon jusque là, par curiosité et pour repousser mes préjugés. Au fond de moi, je sais que je propose plutôt un genre de « dame de compagnie » et pas une « aide à domicile » qui fait à la place des personnes. Il est donc normal que je me sois fait « dégagé »…Mais l’entretien fut vraiment curieux et m’a quand même frappé le moral.

Elle avait mis mon mail à la poubelle, m’a-t-elle dit durant l’entretien quand je lui ai demandé si elle l’avait reçu. Sans nouvelles, j’étais passée à l’accueil, 24h après l’envoi de mon mail,  déposer en personne mes documents, pour voir…Et trois heures après j’avais un coup de fil pour un rendez-vous le lendemain. J’aurais dû me méfier, toutes les fois où un employeur s’est précipité sur ma candidature, c’était pas clair, voire arnaque ou malentendu. Ici c’était finalement très précipité parce qu’elle doit trouver des femmes de ménages pour l’été pour ses remplacements. Je me suis rendue compte au fil de l’entretien qu’elle n’avait pas lu correctement mes documents, elle n’avait pas compris que je n’avais jamais travaillé à domicile (ou si peu), elle n’avait pas compris que je visais les personnes âgées, elle pensait que j’était un prof de taï chi chuan (en bas de page… je mentionne que j’en ai fait ainsi que du Qi Gong et du yoga). Elle ne connaissait pas mon niveau d’études (une case très claire sur mon C.V).

Mais tout a commencé royalement. Je fus encensée. Elle ne me parlait que du taï chi comme d’un remède miracle à Alzheimer, des cas de rémissions semblent avérés si la pratique démarre tôt. Elle trouvait mon parcours et mon C.V cohérents. « Je sens les choses, je vois l’énergie, je vois comment ça tourne… ». Elle a parlé d’activités artistiques dans les accueils de jour, critiquant les animateurs qui visent un résultat et ne voient pas tout ce qui se passe dans le processus lui même. Je souriais, toute sage, toute droite face à elle sur ma chaise. Je regardais cette drôle de femme à facettes. Un peu molle, branchée « énergies » et débordant un peu dans ses attitudes,  très franche, insaisissable par moments et très pointue à d’autres. On était en spirale dans ce bureau, elle pouvait partir dans des digressions, je restais sage et soumise. Elle me posait des questions, dont certaines me montraient qu’elle n’avait pas lu ma lettre de motivation qui annonce explicitement que je cherche à démarrer une nouvelle phase de parcours et pourquoi. Elle n’avait pas préparé le rendez-vous, elle s’était emballée sur le mot taï chi en bas de page et avait besoin de personnel.

Dès qu’elle a compris que je n’étais pas maître de taï chi chuan et que je n’allais pas donner des cours ( lesquels ne correspondent en rien à ce qu’elle cherche et/ou peut financer ! Alors pourquoi s’emballer ?). Dès qu’elle a entendu que je n’avais pas voulu rester chez cette jeune femme tétraplégique chez laquelle j’avais bossé quelques semaines. Dès qu’elle a compris que j’avais une offre qui s’adressait à des personnes encore valides et qui avaient des ressources financières correctes. Elle a tourné sa veste. Limite méprisante. Genre, dans sa tête, je le voyais : vous ne voulez pas travailler chez les pauvres, vous n’avez pas le sens du « service rendu » sans rien attendre d’autre, vous ne voulez pas vous salir les mains.

Elle a donc passé la deuxième phase de l’entretien à descendre de son nuage ( un C.V théorique sorti de son imagination ? ) pour s’informer de ce que je proposais, de mes compétences et de qui j’étais. A partir de là c’est parti en vrille, la spirale s’est déroulée vers le néant. Pas moyen d’en placer une. Elle ne m’embaucherait pas, elle avait repris ses esprits, donc mon projet était irréaliste, pas crédible, à refaire. Pour répondre à une de ses questions, je suis sortie de ma position de petit bâton sur une chaise et j’ai fait des gestes avec mes mains et mes bras d’un côté et de l’autre de mon corps. Elle m’a dit qu’il ne fallait pas faire des « grands gestes » comme ça, elle l’a dit en élevant ses bras au dessus de sa tête en les faisant descendre de chaque côté de son tronc, ça y est, elle décollait. Je savais qu’elle était perchée elle aussi mais autant que moi, si ça se trouve. Les grands gestes, cela fait peur aux personnes âgées et fragilisées. Bon, v’la aut’chose. Elle me prend vraiment pour une quiche qui ne sait pas adapter son comportement aux autres. C’est à elle que j’ai fait peur.  Ensuite, sur tout, j’ai fait le béni oui oui. On était dans l’impasse, je le savais, j’avais plus qu’à attendre ma libération sous caution. Je souriais tout le temps, elle me regardait interloquée. J’ai cru qu’elle allait me demander de ne pas sourire comme ça. Bref, notre communication non verbale faisait un crash.

Donc, ce que je propose ne se raccorde à rien de concret et donc au revoir madame. J’ai dit merci, re souri, lui ai dit que j’évoluerai. Elle n’a pas du tout souri, j’étais perdu pour sa cause.

Merci madame. Au revoir.

N’empêche que je suis rentrée totalement dégoûtée. C’est ce qui se passe quand tu ne te présentes pas aux bonnes personnes. Mauvais ciblage. Re calibrage à faire. En même temps, elle m’a mis la dure réalité devant les yeux. Les gens vivent de retraites minables, sont malades, n’ont pas de fric pour la cerise sur le gâteau. L’Homme, dans un mail, m’écrira ensuite  » Mais elle n’a pas compris que tu offrais l’ESSENTIEL et la cerise ! ». Bénis soient les amours et les amis.

J’ai retenu mes larmes. J’ai réalisé combien c’est dur d’être seul chez soi quand tu as gros coup de mou. Je suis rentrée dans une maison vide d’humains et me suis payé une dose de nostalgie et de désespérance. Blessée, l’ambulance. Moi aussi, peut être, comme cet employeur, je m’étais créé un petit rêve de Bisounours et je n’étais pas dans la réalité ? Je n’avais plus envie de rien, plus envie de travailler à domicile non plus. Y’avait plus qu’à se faire un bon ti truc à manger, et se préparer une pâte à crêpes pour les lendemains qui chantent.

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6 réflexions sur “C’est n’importe quoi et puis arretez de parler avec vos bras

  1. Oui D. a bien raison, tu apportes l’essentiel, totalement intangible, une présence et une relation, ce qui n’a pas l’air d’être le fort de la dame…. De la pâte à crêpes ? des étirements de yoga ? Une ballade ? une partie de cache-cache avec Tina ? A te lire je me dis que cela doit être très bizarre d’être face à une personne qui en fait ne t’a pas vue, à aucun moment. Elle traitait son dossier à voix haute en ta présence en quelque sorte. Instrumentaliser. Coupée de toi, coupée d’elle. Et comme si cela ne suffisait pas elle a griffé ton rêve de ses ongles polis. Elle n’a rien vu de la beauté que tu offrais. Tristesse que son aveuglement t’abime un peu. Moche.

    1. Merci. Elle avait une vision très terre à terre de ce qui est faisable, et m’a remis cela en place.
      Qui va payer pour ce que je propose sans que je sois « pro » de quoi que ce soit ? Quand on voit qu’il n’y a même pas de fric pour de l’art thérapie dans les établissements, etc…
      Il y des possibles mais l’espace, la brèche où se poser, est étroit.

  2. salut Laure, je viens seulement de lire , l’année se termine aussi en caca boudin pour moi côté job réglo( le scolaire) je ne suis toujours pas sure de garder les même affectations à la rentrée , ils évitent maintenant de nous convoquer en réunion ( nous les MI ) pour répartir les secteurs pour la rentrée , c’est trop dur pour eux de se confronter à nos désaccords , de négocier à visage découvert , ouvertement en face à face . ons est suspendus à nos boîtes mails , redoutant de lire qu’on nous envoie à » pète à où schnok » pour satisfaire leur soucis de payer le moins possible de frais de déplacement par rapport à une résidence administrative qui, arbitrairement est parfois éloignée de notre domicile… et en plus , viens d’être allertée par la responsable syndicale qu’on va nous gratter encore sur notre salaire ( nous les contractuels ) une prime de suivi élèves ( 100€ en moins!! ) Je suis carrément dégoutée et suis d’autant plus confortée dans ma décision de demander ma retraite en septembre 2018. Heureusement qu’en parallèle , mon groupe Antikorale est d’une chaleur solidaire et affectueuse d’énergie positive!!!! Donc toi, avec ton profil atypique, on ne peut te mettre dans des cases , c’est ça qui les emmerde …. bises++ tiens bon!!

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