Je quitte

J’ai bien réfléchi, pour le moment c’est une question de survie mentale, je quitte les émissions matin et soir, d’infos sur France Inter. France Inter je l’aime, je suis née avec, je ne la quitterai jamais mais le Paris-Match politique, c’est plus possible. Ce n’est pas de leur faute, c’est de la mienne. Faut dire que j’ai l’impression d’avoir tout donné, tout écouté, tout aimé, tout adhéré, toute remuée depuis deux ans, depuis Charlie, peut être. Une tranche de vie, d’angoisses, de réflexions, d’émotions, d’intérêt, une vie ensemble pour le pire et le meilleur.

Mais cette année d’élections a eu raison de moi. Je ne suis pas loin de rejoindre mes amies abstentionnistes. Maintenant je ne peux plus. Je ne peux plus les critiques sans cesse et les analyses sur les peut être les possibles les hypothèses, sur le rien, pour faire du vent et se masturber l’intellect. Je ne peux tout simplement plus écouter, c’est quasi physique. Ma dose est dépassée. J’ai abusé, maintenant je vomis mon quatre heure.

Je me suis souvenue avoir découvert France Culture il y a 22 ans. On vivait à la Croix Rousse. L’homme était un séducteur un poil arrogant. Dans cet appartement j’ai laissé ma peau, en rubans. Pourtant il était beau ce logement qu’un copain nous sous-louait à la Croix rousse. Il était parti travailler en Floride, je crois qu’il n’est plus revenu en France. Un jour je réponds au téléphone et une belle voix de femme amoureuse me demande où il est, pourquoi il n’est plus chez lui. C’était septembre, il était parti fin juillet. Je le lui apprenais. Elle est tombée des nues, elle avait du mal à me croire. Puis elle m’a cru, elle a compris, j’ai assisté à une rupture par personne interposée. Aïe, ai-je pensé.

L’appartement était un local de canut, avec une salle capable de contenir des hauteurs de métier à tisser. On voyait une moitié de Lyon par les immenses fenêtres et le Mont Blanc parfois. L’escalier était en pierre grise lissée par le temps, une bâtisse à l’italienne, j’ai vu les mêmes à Rome. Escalier immense et arcades intérieures vers l’extérieur. La cuisine donnait sur une arrière cour agréable, sur les fenêtres gigantesques j’ai peint des ronds à la Klimt-Delaunay en écoutant France Culture que je découvrais. J’étais souvent seule, j’étudiais mais ne travaillais pas. Cela s’est mal terminé.

Nous avions refait la chambre. Une moquette marron glacé. La tapisserie arrachée, nous avons laissé des bouts, un effet atelier-friche de mur qu’on a badigeonné de blanc. C’était bien, on aimait. Parfois les gens nous demandaient pourquoi on n’avait laissé en chantier les murs. Tiens oui, c’était en chantier, peut être. Cela s’est mal terminé. Les finitions se sont faites à la guillotine.

Depuis je vais entre Culture et Inter. Mais maintenant, je suis désolée, plus de France Inter le matin. C’est une nouvelle phase. Je ne sais pas où elle ira. Dans l’ensemble, j’en ai quand même pas mal ras la patate de pas mal de choses. Faut pas venir m’énerver. Hier je disais à l’Homme qu’il va mieux que moi, qu’il a plus de satisfactions personnelles et affectives que je n’en ai. Son vide n’est plus le même, le mien tend à se complaire et m’oblige à me remuer ciel et terre pour m’en dégager.

 

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